09/11/18 : Avis d’ECCLA sur le PADD / projet de SCOT  du Grand Narbonne

 

Le SCOT, Schéma de COhérence Territoriale, est un document important dont l’objectif est de donner les grandes orientations sur l’évolution du territoire à moyen terme (2030-2040). Un de ces rôles essentiel est, comme son nom l’indique, la mise en cohérence des politiques urbaines des territoires qui le composent.

Avec l’extension prise ces dernières années par l’intercommunalité, il devient aussi un document très complexe, assez difficile à saisir par le citoyen. Le SCOT du grand Narbonne ne fait pas exception avec ses 37 communes et ses quelques 100.000 ha. Mais il est aussi d’une très grande importance car il couvre la totalité du littoral audois, espace qui concentre :

  • des pressions foncières exceptionnelles qui iront en s’aggravant dans les années à venir.
  • un territoire fragile au sens de l’environnement regroupant de nombreux espaces protégés (NATURA 2000, ZNIEFF, PNR, sites classé et inscrit, …).
  • un territoire à risques d’inondation que ce soit par les fleuves ou par la mer.

 

Après avoir posé un diagnostic sur le territoire, le document qui nous est proposé est le PADD, Projet d’Aménagement et de Développement Durable. Ce document a ceci de particulier qu’il n’est  pas opposable aux documents d’urbanisme.

Il fixe des grandes orientations sur les 15 ans à venir. Dans la mesure où il s’agit d’orientations générales, le document est souvent plein de « bonnes intentions », parfois même contradictoires. Ainsi, un accent considérable est mis sur la mutualisation et la collaboration avec les territoires voisins, mais un peu plus loin, on explique qu’il faut encore développer l’appareil commercial du Grand Narbonne pour que les habitants ne partent pas acheter dans les territoires voisins.

En ce sens, le document fondamental n’est pas le PADD, mais le DOO, Documents d’Orientations et d’Objectifs qui viendra ultérieurement.

 

Ce document résulte d’un gros travail et de multiples concertations. ECCLA ne va pas commenter la totalité de ce dossier mais plutôt insister sur les propositions qu’elle considère comme inquiétantes à la lecture du document de façon à éviter de les retrouver dans le DOO.

ECCLA a travaillé sur le document envoyé avant la réunion du 8 novembre.

 

La croissance

 

Ce PADD affiche une volonté forte de continuer à faire croître la population, mais de façon maîtrisée… ?  Il explique qu’il vise une augmentation de 1% par an jusqu’en 2040, alors qu’entre 2006 et 2016, la croissance était de 1,6%. Cette maîtrise est en trompe l’œil car entre 2009 et 2014, la croissance a été effectivement de 1% par an. Il s’agit donc d’acter qu’on continue comme avant.

 

La conséquence est donc qu’il va falloir accueillir 27.000 habitants de plus jusqu’en 2040 et le document précise que les besoins en logements sont de …24.000 logements !!!  A croire qu’on ne compte plus accueillir que des célibataires ! Pourquoi un tel nombre de logements ?

Pour une raison simple : il faudra continuer à construire des résidences secondaires qui ne servent pas à loger les nouveaux arrivants mais à accueillir quelques semaines par an les vacanciers. Pour avoir une idée de ce qui se passe : en 2014, sur les 1014 logements construits :

  • 357 ont servi à accueillir de nouveaux arrivants
  • 317 sont des résidences secondaires
  • 103 sont liés à la diminution du nombre de personnes par foyer
  • 237 logements remplacent des logements vacants

Si les premiers et troisièmes items sont justifiés, le second est scandaleux et le dernier devrait diminuer de façon drastique pour réduire les logements vacants en surnombre.

 

En effet le Grand Narbonne a déjà un excès de résidences secondaires par rapport aux agglomérations analogues comme le montre ce tableau extrait d’un document de l’INSEE

 

ECCLA est radicalement opposée à cette extension du nombre de résidences secondaires.

Ces logements utilisés quelques semaines par an ont détruit inutilement des espaces naturels ou agricoles.

 

ECCLA a bien noté que la moitié de ces logements seraient insérés au sein de l’enveloppe urbaine, c’est bien. Cependant, pour l’autre moitié, soit 12.000 habitations, le foncier considéré comme nécessaire est tout de même de 550 ha.

 

La prise en compte des risques dans la gestion du foncier

 

Dans ce domaine, la caractéristique est d’écrire tout et son contraire. Ainsi, dans les risques littoraux :

 

1/ Un titre « mettre en œuvre une politique de recul stratégique » annonce une bonne volonté, mais ensuite, il n’est pas question de constructions existantes, mais seulement de constructions nouvelles à développer en dehors des zones inondables à aléa fort « autant que faire se peut ». En d’autres termes, il est encore possible d’envisager des constructions nouvelles dans des zones à aléa fort et moyen.

Après ce que l’Aude vient de vivre, c’est proprement invraisemblable !

 

2/ Un autre titre « réduire la vulnérabilité des aménagements aux aléas littoraux » est intéressant, mais ensuite, il s’agit seulement de poursuivre l’urbanisation du littoral en développant des « formes urbaines et des solutions constructives innovantes » (constructions flottantes, sur pilotis…) pour accroître l’attractivité du littoral sans accroître les risques. Le GN affirme que ces options sont vues comme un levier pour le développement résidentiel, touristique et économique.

ECCLA lit ces propositions comme « il faut continuer à construire sur le littoral » mais il faut prendre quelques précautions supplémentaires pour limiter les risques. Il ne semble pas à ECCLA qu’on puisse considérer la construction sur pilotis comme une innovation. Les chalets de Gruissan étaient bien sur pilotis lors de la construction, on sait ce qu’il est advenu.

 

ECCLA s’est intéressé aux PPRL et PPRI qu’elle a suivi attentivement lors de leur élaboration. Elle a vainement cherché leur mention dans le PADD. Ils n’y sont pas.

ECCLA demande donc que le respect des PPRL et PPRI soit inscrit comme une orientation forte dans ce PADD. Elle demande en outre que l’élaboration du PPRL de Port La Nouvelle soit accélérée.

 

Avec les options précédentes, le GN affirme qu’il faut développer une culture du risque dans la population par l’information et la connaissance des bonnes pratiques. C’est un minimum, mais il n’est pas dit comment cela se fera ; en particulier s’il y aura des exercices avec la participation de la population pour qu’elle sache ce qu’elle doit faire quand l’aléa est là.

Par ailleurs, beaucoup de nouveaux arrivants ne connaissent pas les risques et n’auraient peut-être pas acheté dans une zone soumise à des aléas naturels s’ils l’avaient su. Ce sont des informations qui devraient être données par les notaires.

 

ECCLA est totalement opposée à la poursuite de l’urbanisation du littoral

et à la construction en zone inondable (notamment dans les dents creuses).

 

 

Les déplacements

 

C’est un sujet complexe pour lequel l’agglo n’a pas toutes les compétences surtout pour le ferroviaire (Région et Etat). Cependant on ne peut laisser passer ce document qui évoque beaucoup les liaisons avec les territoires voisins et au-delà sans évoquer à nouveau deux choses

1/ La ligne TGV doit vraiment être mixte au-delà de Béziers. On ne peut prédire ce que deviendra la ligne actuelle, absolument superbe en plein milieu des étangs, mais qui sera de plus en plus souvent submergée. IL faut que la SNCF se remette au fret et si elle ne le fait pas d’autres viendront le faire à sa place.

2/ La nouvelle gare de Montpellier est une catastrophe. Il faut ¾ d’heure pour rejoindre le centre-ville. La perte de temps est sans commune mesure avec les quelques minutes gagnées avec le contournement Nîmes-Montpellier

3/ Plus localement, les liaisons avec Carcassonne et Toulouse sont insuffisantes maintenant que la Région à Toulouse comme capitale. Ceci peut être amélioré car la compétence est à la Région.

 

Enfin, le GN fait ce qu’il peut, mais force est de constater que les grands bus sont souvent vides sauf à la sortie des lycées et collèges. Peut-être faudrait-il lancer un appel à idée ! Peut-être faudrait-il avoir des bus plus petits (9 places ?). On évoque beaucoup l’innovation dans ce PADD, les transports du quotidien en ont bien besoin.

 

Le développement économique

 

Narbonne, et plus généralement tout l’ex-LR a toujours vécu sur une économie résidentielle. L’économie est tirée par les nouveaux arrivants et le tourisme : construction de logements, écoles, services sanitaires et de loisir… A part la vigne, il n’y a pas d’économie productive au sens propre.

Ce SCOT ne fait pas exception. Une manière claire de le voir : le besoin foncier est estimé à 530-550 ha pour le résidentiel et à 140 ha pour l’économie, plus 50 ha supplémentaires pour le tourisme.

D’ailleurs la lecture des pans de l’économie à développer est instructive : glisse et vent, culture et patrimoine, deux éléments qui se valorisent directement auprès des touristes, même s’ils sont aussi intéressants pour les locaux.

 

Dans l’aspect environnement, la rénovation des bâtiments est évoquée brièvement avec le cadastre solaire. Ces deux enjeux n’ont pas le même impact. Si le cadastre solaire est une idée intéressante, la rénovation du bâti est le point incontournable de toute transition énergétique. Et il y a un besoin très fort d’améliorer les compétences des artisans et de les aider à aller vers des groupements d’artisans poly-métiers pour qu’ils soient en capacité d’offrir une rénovation complète aux particuliers. Il faudrait au moins un centre de formation à Narbonne sur cette thématique.

 

La ressource en eau

 

Le Grand Narbonne est concerné par deux SAGEs :

  • celui de la basse vallée de l’Aude, en très fort déficit structurel et placé en ZRE (zone de répartition des eaux).
  • celui de Salses-Leucate à peu près équilibré pour la ressource en eau.

 

Dans l’optique du réchauffement climatique, l’urgence de politiques d’économie d’eau va se révéler cruciale. En effet, l’agriculture demande déjà plus d’eau, l’augmentation de la population va accroître aussi la demande et Narbonne est d’ores et déjà approvisionné en partie par l’Orb  via BRL.

 

Ces dernières années, des actions ont été mises en œuvre par les agriculteurs pour limiter les fuites. Ce résultat a été très positif, mais le déficit structurel est encore très lourd. Certains réseaux d’eau potable en milieu rural ne sont pas aux normes minimum.

 

On ne voit rien dans ce SCOT qui se préoccupe de cette question alors qu’il envisage un accroissement de la population. Peut-être faut-il réfléchir, pour la partie résidentielle, à une tarification progressive.

D’autres communes en France l’ont mise œuvre. Elle est efficace en milieu pavillonnaire. Elle doit être modulée par le nombre d’habitants du foyer. Une étude pourrait être lancée à l’occasion de ce SCOT.

 

Enfin, il ne faut pas oublier :

1/ que le milieu naturel a lui aussi besoin d’eau

2/ que l’eau doit être de bonne qualité, exempte de pesticides, ce qui incite à réduire l’usage des phytosanitaires, en particulier aux abords des points d’eau, et pas seulement ceux qui sont listés dans l’arrêté préfectoral.

 

Quelques remarques complémentaires

 

1/ Trouver un équilibre entre commerces de centre et de périphérie

Sous ce titre, on peut lire : « Afin d’éviter une concurrence entre les commerces de centralités et les pôles commerciaux de périphérie, il est indispensable de chercher les complémentarités entre les deux espaces, permettant de répondre aux besoins diversifiés des chalands. »

Cette phrase serait correcte si nous n’étions pas déjà dans une situation où les grandes surfaces en périphérie ont accaparé la plus grande partie des chalands. Le centre-ville et ses commerces se meurent. Il faut une volonté forte pour soutenir les commerces en centre-ville ; elle semble y être dans les mots.

Mais il faut aussi une volonté forte pour freiner l’arrivée de nouvelles grandes surfaces ou même simplement leur extension. Et celle-là n’y est pas du tout. Au contraire, on peut encore lire : « L’objectif est notamment de limiter les déplacements contraints grâce à une offre commerciale équilibrée, d’éviter l’évasion commerciale vers les pôles extérieurs au territoire (Lézignan, Claira/Perpignan, Béziers) et donc consolider l’appareil commercial du Grand Narbonne. »

2/ Organiser des ceintures vertes autour des villes

Pour approvisionner directement les habitants des villes en légumes sains, bio et de proximité, pour renforcer l’attrait des commerces locaux, pour épurer au long cours les eaux souterraines, pour limiter l’extension des périmètres urbains, inciter les communes à développer des ceintures vertes  autour des centres bâtis.

3/ Préserver les fonctionnalités écologiques

 

Il y a tout un chapitre de prise en compte de l’environnement : « préserver la fonctionnalité écologique du grand Narbonne ». Ce paragraphe est intéressant, mais il relève plus du diagnostic que d’un PADD.

ECCLA  regardera attentivement sa déclinaison  dans le Document d’Orientations et d’Objectifs.

 

 

En conclusion

 

Ce SCOT est marqué par une volonté de croissance à tout va : population, tourisme, centres commerciaux. Et si on voulait le résumer en quelques mots, forcément un peu caricaturaux.

On y trouve :

  • 106 fois les mots « tourisme, touristiques, touristes »
  • 63 fois les mots « attractivité, attraction, attracteur »
  • 36 fois les mots « accueil, accueillir, accueillant »
  • 20 fois le mot croissance
  • 170 fois le mot développement … !!!!!

 

Narbonne, le 09/11/18