21/11/18 : Avis d’ECCLA sur le projet de LGV-Montpellier Perpignan

 

Pour commencer, force est de constater que la SNCF n’a pas vraiment réfléchi à l’accessibilité du dossier pour les concitoyens qui vont le consulter. Les cartes des communes concernées sont fournies par ordre alphabétique et pas par ordre de proximité. Si bien qu’il faut aller chercher dans toutes les cartes celles qui vous concernent le plus directement…. !

Mais le citoyen n’est pas au bout de ses peines. Il aurait bien voulu accoler les communes proches pour mieux se représenter le trajet. Hélas ! Chaque carte est à une échelle différente et orientée n’importe comment.

 

PIG = Projet d’Intérêt Général ?

 

On nous demande un avis sur le nouveau Projet d’Intérêt Général (PIG), sachant que depuis le PIG précédent il y a eu le Débat Public en 2009.

Disons d’emblée que cette ligne nouvelle est effectivement d’Intérêt Général car, dans peu de temps au vu du changement climatique qui se profile de jour en jour, la ligne actuelle qui passe en plein milieu des étangs sera inondée très régulièrement…

Cependant depuis le Débat Public, le projet s’est largement détérioré et le projet qu’on nous présente n’est plus du tout dans le sens de l’Intérêt Général.

 

1/ Il a perdu le principe du fret sur toute la longueur de la ligne. Le fret s’arrêtera à Béziers. Il est clair que la SNCF ne sait pas ou ne veut pas faire du fret. Elle avait déjà commencé à le tuer en refusant les transports de wagons isolés. Or ceux-ci transportent souvent des matières dangereuses qui se retrouvent ainsi sur la route, aggravant les risques.

Par ailleurs, laisser le fret (en principe des trains plus lourds) sur la ligne actuelle est une hérésie. Aussi superbe soit la ligne actuelle dans la traversée des étangs, elle est très fragile face à la montée de la mer et au réchauffement climatique. Les trains de fret doivent donc passer sur la nouvelle ligne.

Lors du Débat Public, notre association avait fortement insisté sur la notion de fret qui donne tout son sens à l’Intérêt Général.

C’est pourtant encore possible car cette ligne est à un horizon assez éloigné. On peut donc revenir sur les décisions les plus mauvaises, à savoir l’abandon du fret.

Les deux conditions pour rendre cela réalisable :

  • fixer une vitesse autour de 250 km/h, ce qui permet aussi de réduire les rayons des virages et donc l’ampleur de certaines réservations
  • prévoir un tunnel pour passer les Corbières de Roquefort à Salses afin de réduire les pentes pour les trains de fret. Le coût de ce tunnel (calculé autour de 700 millions à 1 milliard d’Euros) pourra être amorti grâce au fret, si se développe vraiment une politique volontariste de transport de marchandises par rail.

 

De toute façon, sans fret, la ligne nouvelle sera difficilement amortie même si on attend un accroissement de voyageurs, toujours surévalué pour justifier les infrastructures.

 

2/ Pour insister encore sur cette nécessité du fret,  il est important de rappeler toutes les nuisances du transport par poids lourds :

  • autour des grands axes de circulation, la réglementation sur la qualité de l’air n’est pas respectée comme cela a été rappelé lors de l’enquête publique sur le triplement de l’autoroute A 61
  • un poids lourd détériore la chaussée comme plusieurs dizaines de milliers de voitures légères, et les camions les plus lourds détériorent encore plus.
  • en France les transports pèsent pour 30% dans la totalité des émissions de gaz à effet de serre et autour de 39% pour le seul CO2 ; la France s’est engagée dans la COP21 tenu à Paris en 2015 à réduire ses émissions de gaz à effet de serre. Les transports doivent obligatoirement y contribuer. Si on évoque beaucoup l’électricité pour les voitures, rien n’apparaît vraiment à l’horizon pour les poids lourds.

 

3/ L’emplacement de la gare de Montpellier a été le pire choix possible.

Voilà une gare qui vous fait perdre 45mn à l’arrivée après en avoir gagné 20 depuis Paris. !!

Cette gare sera boycottée par tous ceux qui pourront faire autrement. On pensait avoir tout vu avec les gares « betteraves » mais il y a pire car ici, en plus, il y a des embouteillages à l’arrivée pour ceux qui tentent d’y aller en voiture.

Il y a même eu un TGV prévu pour Montpellier St Roch qui a été jusqu’à la Mogère, puis jusque Sète pour faire marche arrière et revenir à St Roch. Il est inutile d’en rajouter aujourd’hui que tout le monde a compris. Et que chacun se renvoie la balle et disant que ce n’était pas son choix. Mais voilà, cette gare est là et probablement pour plus de 50 ans.

 

4/ Lors du Débat Public, il n’y avait pas de gare à Béziers et Narbonne. Chacun peut constater aujourd’hui qu’il n’est nul besoin d’avoir deux gares dans chacune de ces villes. Les gares existantes ne sont absolument pas saturées, et des embranchements pourraient desservir les gares centres, ce que demandent tous les voyageurs.

A force de ne pas tenir compte des demandes des voyageurs, ceux-ci se détournent chaque jour un peu plus du train. Inutile de  refaire l’erreur de Montpellier avec des gares éloignées du centre-ville qui feront perdre beaucoup de temps aux voyageurs.

Pour ECCLA

Maryse Arditi