Le 11/01/2005 : Après l’accident de la SOFT à Port La Nouvelle comment gérer la sortie de crise ?

Plus d’un mois s’est écoulé depuis l’annonce officielle de la fuite du pesticide chlorpyriphos-éthyl de l’usine SOFT dans la zone du Canalet à Port La Nouvelle (mais la fuite n’avait-elle pas débuté plus tôt ?). La DRIRE (Direction Régionale de l’Industrie, de la Recherche et de l’Environnement) de l’Aude est intervenue très rapidement, a défini les prescriptions pour arrêter le fonctionnement de l’usine, colmater les origines des fuites et dépolluer les sols de l’usine. Mais la pêche, tant de loisir que professionnelle, est toujours interdite sur l’ensemble de l’étang de Bages-Sigean et aucun résultat d’analyses n’a encore été encore rendu public : pas plus sur les poissons et les oiseaux que sur les eaux et les sols.

Si la Sous-Préfecture de Narbonne maîtrise l’information -ou plutôt son absence- et coordonne l’ensemble des administrations (DRIRE, DDCRF, SMNLR, DIREN, Ifremer, etc), il ne semble pas qu’elle ait pris conscience de l’ampleur du problème pour éliminer la pollution et ses risques dans l’environnement au sens large. En effet, on ne peut imaginer faire durer longtemps l’interdiction de pêcher dans les étangs  ; il s’agit donc d’éliminer le chlorphyriphos-éthyl (et éventuellement d’autres pesticides) qui s’est répandu dans les eaux et peut-être fixé dans les sédiments. Pour cela, il faut connaître les modes de transfert de ces pesticides dans l’environnement.

En ce sens, l’association ECCLA a saisi dès le 28 décembre le Président du P.N.R. (copie de la lettre ci-jointe) pour que l’étude de ce transfert soit confiée à des spécialistes comme il en existe à l’INRA, au BRGM (Bureau des Recherches Géologiques et Minières) ou au CEMAGREF (CEntre Machinisme Agricole Génie Rural Eaux et Forêts). Ces organismes publics de recherche doivent être mobilisés pas seulement pour de belles études théoriques, mais aussi pour aider à résoudre des problèmes pratiques quand ils se posent sur le terrain.

Pae ailleurs, en tant qu’écologistes, nous sommes amenés à réfléchir sur la globalité des problèmes. Si cette grave pollution est survenue à la SOFT, c’est certes par négligence coupable de l’industriel, mais c’est aussi dans la hâte de vouloir répondre à d’importantes commandes pour les pays d’Afrique Occidentale engagés dans la lutte contre les invasions de criquets.

Et c’est là que le bât blesse : lors de la dernière invasion des années 1987-89, la communauté internationale (FAO, pays donateurs, etc) a dépensé 300 millions de dollars pour les pesticides et pour leur épandage. En 2004-2005, on parle de 500 millions de dollars… L’argent se trouve pour acheter des pesticides et enrichir l’industrie chimique, mais on n’arrive pas à dégager les quelques millions annuels nécessaires pour assurer une vraie politique de prévention et d’observation (programme EMPRES -EMergency PREvention System- de la FAO). Or, il faut que nous sachions que cette lutte à coup de pesticides fait aussi des dégâts énormes en Afrique : sur la biodiversité, sur le bétail et aussi sur les hommes, que ce soient ceux qui répandent les pesticides ou ceux qui se nourrissent de criquets imbibés de poisons.

Aujourd’hui, 11 janvier s’ouvre à Dakar une conférence internationale sur le péril acridien, où nos chercheurs du CIRAD et d’ailleurs vont beaucoup parler de prévention, de lutte biologique, de mycopesticides (des champignons entomopathogènes), de phéromones, etc. Nous souhaitons qu’il y ait un peu moins de discours et un peu plus d’actions effectives pour réduire les dégâts dus tant aux criquets qu’aux pesticides, tant en Afrique que sur l’étang de Bages-Sigean.

 

Contact : 04 68 41 75 78

Narbonne, le 11 janvier 2005