Ce projet est un peu particulier. C’est, en effet,  l’un des 3 projets pilotes pour des éoliennes flottantes en Méditerranée.

1/ Contexte

Il faut donc déjà saluer le fait qu’avant de foncer dans des projets commerciaux d’envergure dans un territoire marin somme toute assez mal connu, le choix a été fait de commencer par des projets pilotes.

En Méditerranée, une Commission spécialisée « éolien flottant » a été mise en place au sein du Conseil Maritime de Façade afin de pouvoir approfondir les enjeux de cette nouvelle filière. Largement ouverte, cette Commission à laquelle ECCLA et FNE LR ont participé, a permis de mettre autour de la table tous les acteurs intéressés pour dégager une vision d’ensemble des 3 projets et des éventuels projets commerciaux à venir.

Elle devrait se transformer en Comité de Suivi, ce que nous appuyons fortement.  Notons que c’est une démarche intéressante car, sur d’autres façades maritimes, FNE demande la mise en place d’un groupe de suivi.

L’objectif des études à venir est évidemment de vérifier et de mesurer l’impact environnemental, mais surtout, de tirer de ces études l’impact que pourrait avoir un projet commercial de 40 à 50 éoliennes.

Car c’est bien de cela qu’il est question. Une demande forte des associations environnementales, mais également du Parc Naturel Marin, était de disposer de 3 années d’études et de suivi des projets pilotes avant de lancer les projets commerciaux.

Il se trouve que cela va probablement être le cas,  mais pour des raisons que nous regrettons. Le gouvernement actuel a décidé de mettre tous ses œufs dans le panier nucléaire en retardant de 10 ans la réduction de la puissance nucléaire installée.

Il a donc tenté de faire annuler les projets d’éoliennes posées dans la Manche en exigeant une réduction des coûts sous peine de dénoncer des accords datant déjà de plus de 5 ans. Et, en Méditerranée, il est prévu un seul appel d’offre en 2022.

On ne peut donc que regretter la pression mise sur la Commission « éolien flottant » pour définir de toute urgence les zones favorables à l’éolien flottant en Méditerranée pour les futurs projets commerciaux .

2/ Les recommandations de la commission « éolien flottant »

Sans entrer dans le détail, rappelons 3 suggestions essentielles

1/ Harmonisation des méthodologies

La mise en place de protocoles standardisés et comparables afin d’utiliser au mieux les données récoltées dans le cadre des études d’impact et de divers suivis environnementaux.

Ces suivis doivent avoir un champ d’action suffisamment large tant que sur les thématiques étudiées (pêche, environnement, transport,…)  que sur l’étendue géographique  pour pouvoir  prendre en compte les effets cumulés.

Il est aussi nécessaire d’avoir une attention particulière pour les impacts faibles, afin d’avoir une vision claire pour les projets commerciaux à venir.

2/ Partage des connaissances et des données recueillies

Les données collectées (études d’impact, suivis environnementaux, études diverses,…) doivent être mises à la disposition de la communauté scientifique méditerranéenne, mais aussi à la disposition du public.

Le partage de connaissances est particulièrement essentiel pour des zones comme l’espace marin, de fait bien moins connu que le milieu terrestre. Sur ce point des progrès importants restent à faire sur la facilité d’accès à l’information.

3/ Une instance de travail sur les sujets environnementaux et scientifiques à l’échelle de la façade

La constitution d’une instance de travail afin d’assurer la cohérence et l’intégration des suivis à l’échelle de l’ensemble des projets. Le cadre de la Commission spécialisée « éolien flottant », en configuration de travail, semble tout à fait adapté.

ECCLA se félicite de la poursuite de cette Commission

3/ Sur le projet lui-même

1/ La séquence ERC

La séquence ERC est plutôt faible quant à l’évitement, seule l’absence de peinture antifouling représente un réel effort. D’ailleurs l’exploitant le signale lui-même : « Aucune mesure d’évitement permettant de supprimer les impacts de manière significative sur les espèces d’oiseaux et de mammifères marins n’a été identifiée. » ;

L’aspect réduction est plus fourni puisqu’il apparaît 31 mesures, même si certaines sont des évidences de « chantier bien mené » comme par exemple éviter les périodes de tourisme intense ou celles d’enjeux écologiques à terre.

Près de la moitié des mesures de réduction concerne la période de construction.

Quant à la compensation qui ne compte que 5 mesures, c’est surtout l’avifaune qui en bénéficie (4 sur 5.

Il est utile de corréler cela au fait qu’aucune mesure d’évitement, ni de réduction n’a pu être mis en place malgré des enjeux importants.

Signalons un élément très positif : les mesures de compensation sur les oiseaux sont partagées entre Eolmed et EFGL.

2/ Les suivis

Les suivis sont séparés en deux catégories :

  • Ceux destinés à vérifier l’efficacité des mesures de réduction ou de compensation au nombre de 8 dont deux partagés avec Eolmed .
  • Ceux au nombre de 17 destinés essentiellement à l’amélioration des connaissances sur les habitats, l’avifaune, les chiroptères et les mammifères marins. Ce sont ces mesures qui devront permettre une évaluation plus précise des impacts des prochains parcs, un objectif essentiel. Leur nombre est important, mais difficile de dire s’ils seront suffisants pour atteindre l’objectif affiché. L’AE semble les trouver insuffisants puisqu’elle demande, y compris dans sa synthèse, des compléments pour améliorer les connaissances.

Mais, une question émerge légitimement quand on cherche à détecter l’impact des projets en mer :

Comment mesure-t-on les mortalités puisque les cadavres doivent disparaître presque instantanément ? Ici l’exploitant nous propose un suivi vidéo sur 2 ans pour les oiseaux et les chiroptères. Ceci paraît vraiment essentiel pour pouvoir anticiper l’impact des parcs plus importants à venir.

A remarquer que cette mesure ainsi que celle de surveillance par bateau représente de loin les deux suivis les plus onéreux.

3/ Deux remarques générales

a/ Sur les impacts faibles ou négligeables

Comme dans beaucoup d’étude d’impact, après l’application de la méthode ERC, les impacts résiduels sont souvent qualifiés de faibles, voire de négligeables. Cependant, il ne faudrait pas trop vite les oublier car ce qui est faible pour 4 éoliennes peut devenir non négligeable pour 40 éoliennes. Or il faut que les études permettent d’extrapoler ce qui se passera pour les futurs projets, 10 fois plus importants.

Pour ces futurs projets, les résultats des suivis auront autant d’importance sinon plus que l’étude d’impact classique. D’ailleurs, l’AE considère « que l’enjeu ne se situe pas à l’échelle des fermes expérimentales, vu le nombre limité d’éoliennes, mais que l’insuffisance de connaissance sur l’avifaune marine et les oiseaux migrateurs terrestres risque de constituer un obstacle à la mise en place de parcs éoliens de production en Méditerranée ».

b/ Sur les anodes à courant imposé

La protection des métaux contre la corrosion implique une protection. En général, il est souvent utilisé des anodes « sacrificielles », soit des objets métalliques destinés à être corrodés à la place de l’objet qui doit être protégé et qui sont donc détruites (sacrifiées), libérant des métaux dans l’eau.

Face à des protestations citoyennes dans le cas des éoliennes en mer posées, certains industriels ont modifié le type de protection en utilisant des anodes à courant imposé qui évitent cet inconvénient environnemental. Sur le projet EFGL, des anodes à courant imposé seront utilisées.

4/ Conclusion

ECCLA approuve ce projet pilote,

première marche indispensable vers un projet plus important.

ECCLA espère également que les nombreuses études et suivis qui vont être mis en place permettront d’améliorer les connaissances sur le milieu marin et de pouvoir ainsi envisager un projet commercial dans de bonnes conditions.

Narbonne, le 22/05/19

Pour l’association ECCLA

Sa Présidente, Maryse Arditi

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