En préambule, quelques remarques :

 

    • Il est très regrettable que la consultation de l’enquête publique s’effectue dans le hall de la mairie dans un contexte de bruit et de passage. Aucune salle, si petite soit elle, n’est mise à la disposition du public pour une lecture sereine et confidentielle des dossiers et une intervention sur le registre d’enquête.
    • Les enquêtes se déroulent encore une fois à des dates hors saison, alors qu’un public concerné (résidents absents, touristiques ou saisonniers) pourrait avoir envie de donner un avis sur de tels projets.
    • Il est curieux de constater que, dans la presse locale, est paru un appel public à la concurrence (donc appel à maîtres d’ouvrages) le 05/01/11 alors que l’avis d’enquête publique sur le projet est paru dans cette même presse le 11/02/11… Peut-être est-ce mettre la charrue avant les bœufs ?…
    • Un autre dossier est soumis à l’enquête publique, aux mêmes périodes, sur la commune de Leucate et est en lien direct et étroit avec cette enquête. Il s’agit de la modification du PLU de Leucate qui concerne plus particulièrement ce point d’accueil et de promotion (modification de SHON et de hauteur de bâtiments autorisée sur le site).

 

Il est anormal que les citoyens consultants ne soient pas informés directement du lien essentiel entre ces deux enquêtes.

 

La partie du site concerné du plateau de Leucate se situe dans un périmètre particulièrement protégé. Un rappel rapide s’impose : c’est un site inscrit, soumis à un DOCOB Natura 2000 validé en 2008, sur lequel se trouvent une ZNIEFF et une ZPS d’intérêt communautaire annexe 1 de la directive européenne : http://www.parc-naturel-narbonnaise.fr/documents_en_ligne/natura_2000/docob_plateau_de_leucate_vol1.

La Loi Littoral s’y applique ainsi qu’une ZPPAUP.

Il est utile de rappeler que l’objectif d’un DOCOB est, entre autres, d’assurer le maintien de la biodiversité, la préservation des espèces protégées, des habitats naturels tout en maintenant et/ou maîtrisant les activés présentes sur le site. La gestion et la maîtrise de la fréquentation est l’objectif 1.1 de ce DOCOB.

C’est un élément essentiel pour ce site déjà très dégradé.

Une large opération de décabanisation a lieu sur ce site et devrait y être respecté le principe d’inconstructibilité.

 

L’implantation d’une activité commerciale induite par la création d’un restaurant est contraire à cet objectif.

 

Ce projet porte atteinte au site et ne permettra pas, contrairement à ce qui est annoncé dans l’étude d’incidence un retour à l’état initial, de par notamment les destructions du milieu qu’il induit. Il ne s’agit en aucun cas de réhabilitation mais bel et bien d’un nouveau bâtiment (modification du SHON et de la hauteur), s’appuyant sur le prétexte d’un point d’accueil du public au RDC.

 

Plusieurs remarques :

 

  • Le projet prévoit 42 places de parking : avec 60 couverts prévus pour le futur restaurant, ces places seront occupées au moins au 2/3 par les véhicules des clients, ce parking ne sera en fait destiné qu’à la clientèle (sans parler des fournisseurs et intervenants divers).

 

Cela accroîtra donc la pression automobile notamment à des moments où elle n’existait pas (le soir particulièrement). Quid, de plus, de la gestion des visiteurs lambda venus se promener ? Au lieu de gérer, par des parkings en amont, le stationnement anarchique dans des espaces naturels protégés voisins (jusqu’à 150 véhicules constatés un dimanche de printemps par exemple).

 

Tout cela ne va dans le sens de la gestion de la fréquentation prôné dans le DOCOB.

  • L’accès au site est totalement inadapté à une telle circulation. La route y est étroite et dangereuse, un élargissement n’est pas envisageable sans une forte atteinte au milieu et un nouveau grignotage des ces espaces naturels.
  • Un restaurant de ” renom “, dénomination élitiste écartant par le fait sa fréquentation par une grande partie de la population, sur une zone difficile climatiquement, ne paraît pas viable économiquement. Des aménagements lourds en terme de réseaux d’assainissement et d’électricité devront être menés, toujours au détriment du site (tranchées, etc).
  • Il est à noter que la ZPPAUP interdit toute publicité et enseignes commerciales.
  • Concernant les espèces faunistiques et avicoles présentes, un éclairage de nuit leur sera très dommageable, notamment pour les espèces migratrices. Les comptages datent de 2003, on peut penser qu’ils ne sont plus d’actualité.
  • La violette sous-arbustive est une espèce protégée nationalement. Elle est présente, dans l’enceinte et à l’extérieur, et ces stations présentes sur le site TDF sont recensées comme les plus importantes de France.

 

Il est illusoire de croire que celles-ci seront protégées des lourds travaux de destruction et d’aménagement par des barrières ou des filets.

De plus, les études de recensement ont été faites lors de l’élaboration du DOCOB et datent également de 2003. Des stations de violettes ont été repérées ces derniers jours par des botanistes non seulement du côté droit intra-muros déjà mentionnées dans l’étude d’incidence mais également juste en face du bâtiment principal et quelques pieds de côté gauche. Elles seront donc détruites.

Il est donc indispensable demander une expertise et un état des lieux récents tant pour la faune que pour la flore. Cela naturellement avant toute décision.

 

L’implantation d’un restaurant sur ce site exceptionnel serait un grave précédent, une décrédibilisation des mesures de protection et des lois, et pourrait à plus ou moins long terme déclencher l’ouverture d’une boîte de ” pandore ” aiguisée par différents ” appétits “.

En conséquence ECCLA vous demande, Monsieur le Commissaire-Enquêteur, d’émettre

un avis très défavorable à ce projet de restaurant.

Une réhabilitation légère des locaux existants (sans démolition des murs d’enceintes ni création d’étage) afin de créer un point d’accueil et d’information du public, avec l’installation de toilettes et de poubelles pourrait être envisagée. L’aménagement de la tour en observatoire permettrait de trouver une utilisation ” positive ” de cette ” verrue ” paysagère. Des barrières de canalisation pourraient gérer la fréquentation ainsi que la création d’un sentier balisé en bord de falaise.

Ces mesures répondraient aux objectifs établis de gestion de la fréquentation de la falaise de Leucate. Elles devront être accompagnées par la création d’un poste de garde.

Dans ces conditions de strict respect des mesures inscrites au DOCOB, ECCLA vous demande,

Monsieur le Commissaire-Enquêteur, d’émettre un avis réservé au projet de centre d’accueil.

Pour ECCLA

Christine Roques

Chargée des espaces naturels

Leucate, le 29/03/11

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