Intervention de Maryse Arditi pour ECCLA

au sujet du Plan Départemental de Prévention et de Gestion des Déchets Non Dangereux

(PDPGDND 11) au coderst

Il faut d’abord se féliciter de voir enfin arriver un nouveau plan départemental sur les déchets car, en fin de compte, celui qui est actuellement valable date de 1994. Beaucoup de choses ont changé depuis cette époque, les lois Grenelle et, en particulier, une insistance très forte sur la priorité à donner à la prévention des déchets.

1/ Ainsi, avec l’aide de l’ADEME, plus d’un département sur 2 avait déjà engagé un programme départemental de prévention des déchets en 2012 et, depuis, les aides ont été fortement réduites pour ce type d’actions. L’Aude n’en fait pas partie. Trop tard, maintenant !

De même, les ¾ des départements de l’hexagone ont plus de 50% de leur population couverte par des plans locaux de prévention des déchets. Nous sommes dans le quart restant et largement en dessous de 30% (en fait 22%) puisque seul Carcassonne a lancé un tel plan local.

On ne peut donc que se féliciter que le PDPGDND 11 prévoit que toutes les intercommunalités devront se doter d’un tel plan. Mais là encore dommage que ce soit si tardif car les aides vont être bien moins importantes.

La logique de l’ADEME est d’aider ceux qui commencent de façon volontaire et qui vont tester les possibilités d’action et leur efficacité. Les autres, qui bénéficieront du retour d’expérience des premiers, sont beaucoup moins aidés.

2/ Cette remarque en appelle une autre. Le document de synthèse est très bien fait. Il montre hélas que l’Aude accuse un retour par rapport à la moyenne nationale sur presque tous les plans : plus de déchets par habitant (pondéré pour tenir compte des touristes), plus d’ordures résiduelles par habitant, moins de collectes sélectives… A plusieurs reprises dans l’exposé introductif, il a été signalé que ce plan allait plus loin que les objectifs du Grenelle en pourcentage de réduction. Cela paraît évidemment indispensable puisque l’Aude part d’une situation plus mauvaise que la moyenne nationale, il faut donc au moins tenter de rattraper un peu du retard. Mais, malgré tout, pour prendre un exemple, c’est à la fin du plan, en 2026, que 75% des emballages seront recyclés dans l’Aude. Pour le niveau national, ces 75% de recyclage des emballages doivent être atteints en 2015 !!!

3/ Un point positif à signaler dans l’existant, c’est le réseau dense de déchèteries. Il reste cependant à améliorer leur fonctionnement en formant mieux les salariés qui y travaillent.

4/ Il reste un vrai point noir. Les ambitions en matière de fermentescibles sont inacceptables. En effet, depuis le 1er janvier 2012, tous les producteurs qui produisent plus de 120 tonnes par an de biodéchets sont tenus de mettre en place une filière de traitement dédiée facilitant le retour à la terre. Mais, au 1er janvier 2016, c’est-à dire demain, le seuil tombe à 10 tonnes par an. Toutes les restaurations collectives, voire tous les restaurants un peu importants sont concernés. Il est alors parfaitement incompréhensible que le PDPGDND 11 prévoit que les deux installations d’enfouissement des déchets fonctionnent en mode bioréacteur, ce qui suppose qu’on va continuer pendant des dizaines d’années à apporter les déchets fermentescibles pour y être enfouis afin que leur fermentation produisent du gaz.

Il y a là une incohérence fondamentale. A partir du moment où des filières seront mises en place pour les gros et les moyens producteurs, ECCLA demande que les ménages puissent faire un tri des fermentescibles, que ceux-ci soient collectés séparément afin qu’ils rejoignent les filières de traitement existantes, ce qui permettra de mieux les rentabiliser.

Pour cette raison essentielle ECCLA ne votera pas ce plan. Mais il reste une dernière raison.

5/ Le plan prévoit que le Carcassonnais pourra continuer à exporter ces déchets vers Toulouse tandis que le Narbonnais pourra continuer à importer des déchets de l’Hérault. Pour une association de protection de l’environnement, il est assez difficile d’expliquer à la population qu’elle doit faire de gros efforts pour trier ces déchets, mais que dans le même temps, « le trou de Lambert » se comblera toujours aussi vite car plus les narbonnais trieront et diminueront leurs apports résiduels, plus l’exploitant du centre d’enfouissement importera des déchets de l’Hérault.

Voila une seconde raison pour laquelle ECCLA ne votera pas ce plan départemental.

 

Maryse Arditi

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