La situation locale

De tout temps, il a existé à PLN des usines fabricant des phytosanitaires, en particulier pour la vigne (historiquement avec l’arsenic extrait de Salsigne). Des conflits permanents existent avec les pêcheurs à cause des déversements dans les eaux proches.

Vers la fin de la décennie 80, s’installe à côté des deux usines déjà sur place (Delpech et Marty Parazols) la société Calliope, spécialisée dans l’exportation de produits vers l’Afrique et qui crée sur place une nouvelle société la SOFT. Il y a donc 4 entreprises quasiment sur le même site, sans aucune séparation permettant de délimiter ce qui relève d’une entreprise et de l’autre.

L’enquête publique

Septembre 1988, une enquête publique s’ouvre pour la fabrication par la SOFT du DBCP destiné à l’exportation vers l’Afrique. ECCLA révèle alors dans un document qui fera date que ce produit a connu une grave crise dans les années 1977 quand on s’est aperçu qu’il rendait les hommes stériles. ECCLA a sorti les documents d’époque des revues professionnelles de l’industrie chimique (en anglais), les a traduit et a fait une conférence de presse avec de nombreux autres documents à charge. ECCLA a fait une synthèse du dossier de l’enquête publique, en mettant en évidence tous les risques du produit totalement occulté dans l’enquête publique. ECCLA a aussi demandé et obtenu une réunion publique où tous les documents ont été mis à disposition. Salle pleine, débats houleux, avec pour seul argument comme d’habitude : on crée des emplois.

Mais la réunion a permis de mettre en lumière que le produit n’était plus fabriqué dans le monde, que même les USA y avaient renoncé au vu de la toxicité.

Autorisation très stricte

Finalement, le Commissaire enquêteur donne un avis favorable. ECCLA est exceptionnellement invitée à donner son point de vue lors de la réunion du CDH (comité départemental d’hygiène) qui doit donner son avis au Préfet. Sentant qu’une réponse négative est peu probable, ECLA suggère d’imposer à l’entreprise les conditions que les USA eux-mêmes avaient imposés 20 ans avant pour la fabrication de ce produit.

Le Préfet donne l’autorisation d’exploiter, mais retient l’idée d’ECCLA et, de plus, impose un contrôle par un organisme indépendant (ce qui n’est jamais le cas, surtout à l’époque). ECCLA, associé aux pêcheurs, lance alors une pétition pour qu’une commission locale d’information soit mise en place et qu’elle concerne tout le site. Massivement signée sur le marché de Port La nouvelle, cette pétition a montré l’ampleur des risques que le site faisait courir à tous, en commençant par ses employés (des enfants de salariés nous ont dit leur accord, mais ont refusé de signer car leur père avait déjà eu des problèmes graves de santé à l’usine).

Incapable de respecter l’arrêté

Six mois durant, l’entreprise essaiera de respecter l’arrêté sans y parvenir. Et le 21 juillet 1989, la direction Régionale de l’Industrie, de le Recherche et de l’Environnement (DRIRE) suspendra la production. Calliope est partie s’installer en Aquitaine après avoir essayé de s’étendre vers Béziers. ECCLA a beaucoup participé à prévenir les associations locales pour qu’elles soient vigilantes sur les conditions de fonctionnement, certaines sont mêmes venues visiter Port la Nouvelle.

1 Commentaire. En écrire un nouveau

  • Bernard Crutzen
    7 mai 2019 7 h 07 min

    Bonjour, je suis journaliste TV et j’enquête sur le chlordécone, le pesticide qui a empoisonné les Antilles pour des siècles. Le produit était fabriqué par la société Calliope à Port-la-Nouvelle, sous le nom commercial de Curlone. Existe-t-il des vestiges de des bâtiments de Calliope ? Une signalétique ? Merci pour l’info…

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