Électron libre de la politique Maryse Arditi a comme seul parti: l’écologie. Féministe de la première heure, elle inspire le respect tout autant pour ses prises de positions, ses engagements que son parcours professionnel. Des dizaines de kilos de dossiers sur des étagères témoignent des années de combat, de lutte pour la sauvegarde et la protection de l’environnement. Dans le local d’ECCLA, (écologie du Carcassonnais, des Corbières et du littoral Audois) à quelques mètres de son habitation, Maryse Arditi trépigne. Elle court aussi d’un bout à l’autre de la France, en partageant son temps entre Paris et Narbonne. Ce docteur en physique nucléaire ne tient pas en place et du haut de son mètre soixante elle est capable de se lancer dans la bagarre à tous moments. En 1972, elle est cosignataire en tête du manifeste des «343 salopes», rédigé par Simone de Beauvoir, des femmes qui dans un hebdomadaire reconnaissaient avoir été avortées.
«Cette année-là, je bouclais ma thèse mais je voulais faire autre chose…» se souvient-elle. Elle décide de partir six mois aux États-Unis pour étudier la pollution de l’air. Rien d’enthousiasmant, le travail consistait à des études sur dossiers. Elle rejoint alors le groupe héliotechnique de Paris, puis enseigne à l’université comme maître de conférence reprend des études économiques pendant trois ans et s’oriente vers la formation professionnelle. Au début des années «quatre-vingts», avec son compagnon, ils décident de quitter Paris pour s’installer dans l’Aude, à Montséret exactement. «Nous avions clairement envie de voir si on pouvait vivre avec l’énergie renouvelable. Nous avons acheté une éolienne à la société aérowatt», explique-t-elle. La première éolienne du département sans aucun doute. Le vendeur d’aérowatt se perd dans les détails, «quand je lui ai demandé une coupe de productivité en fonction du vent son comportement a changé», dit-elle en se remémorant la scène. «Quant à la maison, elle était sur un terrain en pente plein Sud, munie de capteurs solaires, de serres… Les gens venaient voir comment ça fonctionnait», lance le docteur en physique nucléaire en souriant. Une véritable maison témoin en quelque sorte. À cette époque, Maryse Arditi donne toujours des cours à la Fac à Paris deux à trois jours par semaine puis revient dans l’Aude. De l’écologie appliquée, elle s’engage alors dans la politique et rejoint les Verts avant de créer en 1988 ECCLA malgré l’opposition farouche du maire de Narbonne de l’époque Hubert Mouly. «ECCLA, c’est avant tout une association de vigilance sur les dérapages, les risques industriels, l’urbanisme, la loi littorale…» poursuit-elle. Tout naturellement et dans la logique des choses ; «En 1989 nous lançons la première liste écolo aux municipales. C’était aussi un moyen de répandre nos idées. La chose la plus rigolote, c’est que le maire sortant a été élu au premier tour comme d’habitude mais que nous avions passé la barre des 5 %, j’ai donc été élue», plaisante Maryse Arditi. Cet électron libre va alors mener la vie dure à la majorité moulyste. Un véritable caillou dans la chaussure comme le permis de construire de l’INRA au Quatorze, quatre recours pour s’y opposer jusqu’au Conseil d’État qui donnera raison à l’association écologiste. Vigilante, Maryse Arditi n’a cessé de le démontrer ; «C’était la grande mode des conseils municipaux d’enfants. Hubert Mouly voulait le sien. Mais lorsque j’ai appris que les enfants d’origine étrangère ne pouvaient pas se présenter je n’ai pas voulu laisser passer ça», s’exclame avec fougue la présidente d’ECCLA. Et Maryse Arditi repart au combat, référé sur référé jusqu’au conseil d’État de nouveau qui une fois encore lui a donné raison. Le conseil municipal pour enfants tel qu’Hubert Mouly l’avait souhaité ne sera qu’éphémère, deux ans, pas plus.

Engagement politique encore lorsqu’elle est élue en 2004 conseillère régionale avec Georges Frêche à la présidence. Après quelques tergiversations, elle accepte la formation professionnelle et se montre d’une efficacité redoutable, sans concession, sans népotisme.

Si Maryse Arditi confie admirer l’homme, elle n’a pas supporté les dérapages de Georges Frêche, envers les Harkis tout d’abord, puis les blacks en équipe de France. «L’histoire des sous-hommes c’était inacceptable de la part d’un homme, un historien de formation qui connaissait le sens des mots», Dans une lettre à Georges Frêche, elle rend alors ses délégations. «J’ai poursuivi le boulot jusqu’en 2010 sans les indemnités», précise-t-elle.

A la présidence d’ECCLA Maryse Arditi poursuit son travail et le dossier continent de s’empiler dans le local de l’association même si elle jure faire du tri régulièrement. Comme elle l’a toujours fait elle se rend régulièrement à Paris deux à trois jours par semaine où elle pilote deux pôles, l’énergie et les risques industriels à France Nature environnement.

«Avec cette activité je ne fais pas loin de 60 000 kms par an», souffle-t-elle. Infatigable travailleuse au service de l’écologie, des droits des femmes, de la justice sociale, elle a ce regard malicieux mais qu’on ne s’y trompe pas elle sait se montrer redoutable.

Jean-Luc Letitre

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