Le 11/01/16 : Inondations de la Berre, les réflexions d’ECCLA

ECCLA suit de très près les problèmes d’inondations et de submersion marines, ainsi que leur traduction en PPRI et en PPRL. Cette attention, très ancienne, date des projets pharaoniques de l’embouchure de l’Aude des années 80. Si une partie des projets de l’époque a pu être arrêtée, grâce à la loi littoral arrivée entre temps, loi dont on va fêter les 30 ans, des erreurs ont tout de même été commises : pont barrage anti-sel qui accélère la dégradation des rives, digue en mer dont se plaint aujourd’hui le maire de Fleury, canal de Coursan qui n’a pas encore démontré son utilité…

Ce que notre association a appris de ces périodes, c’est qu’il n’existe pas de « bonnes solutions » dans l’urgence. Chacun essaie de monter une digue pour se protéger… en renvoyant l’eau chez le voisin… qui lui aussi remonte ses digues… avec toujours une petite arrière pensée que, derrière la digue, on pourra construire…

Mais les temps changent ; depuis 1999, la création du SMMAR, la mise en œuvre des PAPI (l’Aude vient de signer son second PAPI), le fait de travailler avec la rivière et non pas contre elle, de lui laisser des espaces de liberté pour qu’elle absorbe les inondations plutôt que de la bétonner sont des idées qui progressent.

Pour autant, autour de la Berre, nous en sommes encore aux temps anciens. Les positions des uns et des autres sont un peu caricaturales. Le ministère de l’Environnement a missionné une inspection pour faire un état des lieux, entendre toutes les parties et faire des propositions. ECCLA a été auditionnée par cette mission et nous résumons ci-dessous les idées essentielles que nous avons portées .

1/ il n’y a pas de solution qui convienne à tous, surtout dans des délais rapides

Une digue qui protège les uns inonde les autres, raison pour laquelle ECCLA n’a pas pris position entre les protagonistes de cette zone. Cependant nous avons réaffirmé qu’il fallait cesser toute construction en zone inondable, y compris derrière des digues, car il existe toujours le risque qu’elle casse et qu’il s’ensuive une vague plus dangereuse qu’une montée progressive des eaux.

Enfin, il faut rappeler que certaines constructions sont dans un ancien lit de la Berre.

2/ Catastrophes naturelles ou habitudes ?

Nous avons recherché le nombre de catastrophes naturelles sur la seule commune de Sigean : 15 catastrophes en 30 ans ; à ce rythme il ne s’agit pas de catastrophes, mais de phénomènes habituels qui mettent en évidence des erreurs graves.

A ce sujet, il est utile de s’interroger sur le rôle, voire les effets pervers de la loi de « solidarité sur les risques naturels » dans l’accélération de la construction en zone inondable.

Enfin, avec le réchauffement climatique et la montée des eaux (entre 50 cm et 1 m en 2100), ces phénomènes vont s’accroitre et il est urgent de prendre le problème dans son ensemble. Une étude récente sur les phénomènes climatiques intenses dans les zones cévenoles met en évidence une aggravation régulière des pluies intenses sur plusieurs décennies quand on se focalise sur les 3 mois de septembre à novembre.

3/ Toujours pas de PPRI

Le précédent datant de 2007 a été cassé au tribunal en 2013. Le préfet a prescrit un nouveau PPRI le 10/10/2013. Après une étude au cas par cas, le préfet a acté que l’étude environnementale n’était pas obligatoire, ce que l’on peut regretter, mais aussi comprendre vu l’urgence a éléborer ce nouveau PPRI.

Il est utile de garder en mémoire 3 éléments :

  • les élus sont traditionnellement opposés au PPRI qui limite leurs capacités à urbaniser
  • les propriétaires qui ont des terrains en zones inondables sont traditionnellement opposés au PPRI qui va mettre ce fait en évidence et rendra plus difficile de les passer en terrain constructible.
  • Enfin, si on ne veut pas un nouveau PPRI au tribunal avec un risque réel d’être à nouveau cassé, il faudra vraiment mettre toutes les parties autour de la table et trouver des compromis acceptables où chacun aura fait un effort pour aider à l’amélioration de la situation selon ses possibilités.

4/ Propositions

A court terme, il est urgent de trouver les moyens d’un entretien plus régulier de la Berre, en particulier le retrait régulier des embâcles, mais sans recreuser, ni endiguer la rivière. Il faut rappeler aussi que ce sont les riverains qui sont normalement responsables de part la loi de l’entretien des rives dont ils sont propriétaires.

A moyen terme, il n’existe aucune solution si on ne met pas en avant la solidarité amont/aval. Nous proposons que soit lancée une étude sur toute la longueur de la Berre, mais aussi de ses deux affluents (Barrou et Ripaud) pour

  • repérer les zones possibles d’expansion des crues et de divagation du fleuve (étude technique d’abord, puis confronter avec les enjeux)
  • voir ensuite avec chaque propriétaire quelle partie pourrait être considérée comme une zone d’expansion des crues et quels sont les dédommagements demandés. Les terrains peuvent être achetés, mais parfois seulement mis à disposition. Une attention particulière aux ventes ou aux successions permet de progresser plus vite.
  • La mise en œuvre doit se programmer au long cours sur 2 à 3 décennies. Une expérience est en cours depuis 10 ans dans la zone des gardons. Leur retour d’expérience pourra être fort utile pour progresser plus rapidement.
  • Cette étude devrait être lancée pendant l’élaboration du PPRI à venir

Enfin, en regardant la carte, il est probable que le camping du Pavillon, en fait un parc résidentiel de loisir, devra être délocalisé à terme